Accoudée à la fenêtre, je m'étonne à rêver. La rosée a recouvert les feuilles de mes orthencias et quelques gouttes restent posées sur le rebord de la fenêtre. Un vent frais me caresse les joues et j'inspire profondément comme si cette bouffée d'air était la dernière. Au loin j'entends la mer. Les vagues qui s'accrochent aux rochers et repartent libres. Je ferme les yeux et me laisse bercer par ce son dont je ne me lasserai surement jamais. J'attends un moment, mes yeux toujours clos et mes rêves en perpétuels ascension. Devant tout ce paysage, avant toute mon imagination, je crois te voir. Tu marches au bord de l'eau; cheveux aux vents. Et malgré la distance, je peux affirmer te voir sourire. Même le bruit du vent et des vagues ne parvient pas à voiler le son de ton rire délicat. Je continue à te regarder, je veux t'appeler, je crie pour que tu te retournes. Tout se précipite. Je sens que quelque chose va se déchirer, que quelque chose va nous être enlevé, m'être enlevé. Alors je m'éloigne de la fenêtre, je sors de ma chambre, ouvre la porte et descends les escaliers à toute allure. Je cours, et hurle ton nom. Mais le vent t'empêche de m'entendre. La fraicheur me tape le visage et me blesse, le sable me ralentit et je ne peux t'atteindre. Tu te retournes, tout sourire et continues à marcher, à courir et à donner de gentils coups dans l'eau. Je te vois toujours, mais dans mon esprit tu t'éloignes. Et puis d'un coup, plus rien.
Je me réveille. Au milieu d'un grand lit, où les draps sont défaits. Ton odeur est partout présente dans la pièce. Un grand coup de vent vient me glacer. Je me lève et me dirige vers la fenêtre ouverte. La rosée est tombée ce matin et le vent est frais. Tout est là. Tout, sauf toi.
Et voilà que l'idée de te voir ne suffisait plus.